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David Sattler, bassoon solo

Updated: Sep 30, 2023


Né à Colmar (68) le 02 mars 1977

- Diplôme d’Etudes Musicales à L’ENM de Colmar dans la classe d’Alain Deleurence en 1994 - Admission au CNSMDP dans la Classe de Gilbert Audin en 1995 - Participation à l’Orchestre Français des Jeunes en 1996 et 1997 - Basson Solo à l’Orchestre National des Pays de la Loire en 1997 - Prix de Musique de Chambre au CNSMDP dans la classe de Maurice Bourgue en 1998 - Basson Solo à l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg depuis 1998 - Prix de Basson au CNSMDP dans la classe de Gilbert Audin en 1999 - Membre fondateur de l’OPL Wind Quartett

Depuis 1998 1er basson solo à l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Remplacements comme basson solo à l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et à l’Orchestre Philharmonique de Radio – France Enregistrements pour le label français Timpani des œuvres de musique de chambre de Gabriel Pierné, Vincent d’Indy et Bohuslav Martinu Concerts en soliste (Mozart, Rossini, Vaubourgoin, Weber…) avec e.a. l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, l’Orchestre de Chambre de Luxembourg, en France et au Luxembourg Représentations de théâtre Musical (compagnie Bodecker & Neander) en Allemagne, Autriche, France et au Luxembourg Professeur de basson au Conservatoire de Musique d’Esch-sur-Alzette (Luxembourg)

Ask the musicians:

Comment a évolué l’orientation vers la musique et qu’est-ce qui a été décisif dans le choix de l’instrument que vous jouez aujourd’hui ? J’ai grandi dans une famille nombreuse à Colmar en Alsace. Ma mère a joué du piano à un niveau tout à fait respectable ; mon père par contre n’a jamais fait beaucoup de musique, mais les deux étaient de grands mélomanes, mon père encore plus que ma mère. Il avait une connaissance exhaustive de la musique classique entre la renaissance et le début du 20e siècle. Dès mon jeune âge j’ai vraiment baigné dans la musique, la radio étant toujours branchée, principalement sur France musique, Radio suisse ou allemande musique classique, avec un intérêt prépondérant pour les bois. Mes deux grands frères jouaient du hautbois et de la clarinette et lorsqu’il s’est agi pour moi de choisir un instrument, le choix était largement orienté vers un instrument à vent, un instrument en bois. Il ne restait finalement que peu de possibilités ; en plus j’étais assez attiré par un instrument imposant avec un son grave, un son rond, velouté, plutôt que par un instrument au timbre plus aigu comme le hautbois ou la flûte. D’autre part j’étais fortement impressionné par le concerto de Mozart pour le basson, œuvre qui faisait partie des disques et cassettes que nous écoutions très souvent. Et c’était plus de la curiosité que vraiment une attirance immédiate. Au sujet du concerto de Mozart, je vais vous raconter une petite anecdote que ma maman m’a rappelée récemment. Lorsque je suis allé voir mon professeur au conservatoire à Colmar pour la première fois, et comme j’avais déjà bien joué l’une ou l’autre note sur le basson, j’ai osé lui demander si je pourrais jouer le concerto de Mozart. Il m’a répondu « oui, bien sûr, mais pas tout de suite, mais c’est possible ». Ceci prouve d’ailleurs que j’étais fortement intéressé par cet instrument. Mais mes toutes premières expériences que j’ai faites avec un instrument, c’était avec le piano. En effet j’ai commencé l’étude du piano avec ma maman, expérience qui s’est très mal passée. Même si en fin de compte l’étude du piano s’est étendue sur six années, il s’est avéré que le piano n’était pas mon instrument de prédilection. A quatorze ans j’ai eu une sorte d’épiphanie qui m’a incité à faire un stage d’été de musique de chambre de dix jours à Vittel qui était organisé par M. Olivier Dartevelle que je ne connaissais évidemment pas à cette époque-là. J’ai participé parce que je connaissais le professeur qui était un collègue de mon professeur à Strasbourg. L’étude du basson à laquelle je me consacrais intensivement m’a permis de jouer des pièces seules ou avec accompagnement de piano, de jouer dans des formations de musique de chambre, des quatuors à vent (flûte, clarinette, hautbois, basson). C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup me produire avec d’autres et c’est de là qu’est né le rêve de devenir musicien d’orchestre, d’y occuper la place de basson solo me permettant d’interpréter des solos des grandes œuvres symphoniques. Et c’est bien ce but qui m’a fait travailler mon instrument. Quel destin vous a amené à Luxembourg et incité à vous présenter à l’OPL ? Lorsqu’on est étudiant en fin d’études et prêt pour les concours, on se présente là où il y a des vacances de poste dans les orchestres. Le premier concours que j’avais gagné, c’était pour un pupitre de basson à l’orchestre national des Pays de la Loire ; à l’orchestre de l’opéra de Paris, ça n’a pas marché, mais je suis assez souvent arrivé en finale dans d’autres concours. Mon installation à Luxembourg s’explique par le fait qu’à ce moment-là l’orchestre à Luxembourg avait meilleure réputation que l’orchestre national des Pays de la Loire, d’Anger et Nantes. Dès mon arrivée je me suis senti très bien à l’orchestre dont le directeur musical était à cette époque David Shallon avec lequel j’ai énormément appris. Malheureusement il est décédé trop prématurément. En arrivant à Luxembourg, ville qui comptait à cette époque plus ou moins 80 000 habitants, ce qui, par rapport à ma ville natale de Colmar pouvait sembler beaucoup, je ne me sentais nullement déraciné du fait que je retrouvais beaucoup de ressemblances. Qu’est-ce que le métier de musicien d’orchestre vous a appris en particulier ? Comme je l’ai déjà souligné, un des meilleurs endroits pour combler mon envie de jouer ensemble avec d’autres personnes est indéniablement l’orchestre. La possibilité m’est ainsi offerte de jouer régulièrement avec mes collègues, avec d’autres musiciens, les constellations sont toujours en train de changer. Aussi je me suis rendu compte qu’avec le temps on construit des relations musicales et humaines qui sont soumises à des changements vu que les caractères évoluent, les personnalités évoluent ainsi que les envies. Il faut être également conscient que les meilleures relations musicales ne vont pas nécessairement avec les meilleures relations humaines et vice versa. Mais ce que j’ai vraiment appris dans l’orchestre, c’est en fait de trouver sa place dans l’harmonie, dans la structure subtilement hiérarchisée. L’orchestre est une grosse machinerie où chacun occupe une position, où chacun a sa fonction propre. Je suis basson solo, j’ai un 2e basson à côté de moi, éventuellement un 3e et un 4e, un contrebasson. C’est ainsi que la responsabilité m’incombe pour créer des moments ou des sujets de la partition pour lesquels je suis prépondérant. Concrètement, je peux demander à mes collègues de m’accompagner dans ma conception, et ensuite je vais me concerter avec les flûtistes, clarinettistes et hautboïstes pour créer un ensemble, le tout sous la direction du chef d’orchestre. Mais il existe aussi des parties où je suis accompagnateur. Ce que je trouve passionnant dans ce métier-là, c’est de pouvoir apporter au sein d’un ensemble de cent personnes une harmonie, un timbre, une sonorité, que moi j’ai conçus, et c’est cela qui est intéressant. Aussi est-il absolument indispensable pour un musicien d’orchestre d’avoir la capacité de s’adapter et de s’intégrer. Jouer seul aurait un résultat beaucoup moins intéressant que de créer un ensemble avec les musiciens qui vous entourent, même en cas d’une partie vraiment exposée. Avoir un répertoire propre à son instrument qui est plutôt limité, n’est-il pas frustrant de temps en temps même si dans les grandes œuvres symphoniques vous avez la possibilité de vous manifester ? Le basson est l’instrument grave, mécaniquement et physiologiquement. C’est l’instrument purement accompagnateur et sert de base au reste des harmonies. Si l’on a envie d’être la Primadonna, ce serait plus intelligent de choisir la flûte, la clarinette, la trompette ou le violon, par exemple. Toutefois pour moi il n’y a pas de frustration puisque j’ai accès à toutes les facettes de l’orchestre. En tant qu’instrument de base de l’harmonie, le basson a une influence sur l’harmonie constituée par la flûte, la clarinette et le hautbois. Si le basson ne joue pas bien, les trois vont jouer faux. Par exemple, en accompagnant un solo du flûtiste ou du clarinettiste, je peux, en tant que base de l’harmonie, déranger complètement la musique qu’ils sont en train de produire. Souvent le basson est comparé à l’alto dans les instruments à cordes, et constitue une partie intermédiaire. En effet le basson joue souvent ensemble avec les altos ou avec la voix haute des violoncelles. Pour compléter la présentation du rôle du basson dans l’orchestre, je voudrais relever un petit détail par rapport aux autres instruments à vent. Lorsqu’on est par exemple trompette solo ou cor solo ou clarinette solo, on est systématiquement exposé. Par contre un basson solo est relativement exposé ; il y a des moments qui sont plus dangereux mais il y a aussi des parties qui sont beaucoup plus tranquilles. Le courant passe ou ne passe pas entre l’auditoire et l’interprète. Est-ce qu’en tant que musicien d’orchestre vous pouvez partager cette appréciation ? Il y a plusieurs aspects qui entrent en ligne de compte. Le public n’est pas toujours le même suivant les endroits où nous nous produisons ; il y a des publics plus chaleureux, d’autres plus réservés. La configuration des salles joue aussi un rôle important. Il y a des salles où le public est quasiment en contact avec l’orchestre tandis que dans d’autres le public se trouve dans un parterre pratiquement en-dessous du niveau de l’orchestre. Un autre facteur qui, selon moi, est à considérer, est la disposition, l’état d’esprit de l’auditeur. Nous musiciens, nous sommes sur scène et nous interprétons une œuvre musicale avec le plus d’honnêteté possible. La façon avec laquelle cet objet sonore est reçu par le public ne dépend pas de nous. L’auditeur arrive au concert dans un certain état d’âme, conditionné par ce qu’il a vécu ou est en train de vivre, et reçoit la musique ainsi en fonction de comment il est disposé personnellement. Je vais écouter un concert avec mon épouse ou avec un collègue, et à l’issue du concert chacun donne ses impressions, et il s’avère que nous n’avons pas entendu la même musique. Finalement nous musiciens, nous n’avons aucune influence sur la perception de la musique par l’auditoire. Je me souviens toujours de ce que disait mon professeur à Paris au sujet de la différence entre un musicien professionnel et un amateur. Le musicien amateur fait de la musique pour se faire plaisir à lui tandis que le professionnel joue pour des gens qui écoutent la musique. Dans ce contexte il est très important que la musique que nous musiciens produisons à l’intention de nos publics, soit de la plus haute qualité possible. Le but de notre métier est de transmettre à travers la musique une émotion, est de rendre les gens heureux ou de les plonger dans un désespoir absolu selon ce qui est écrit dans la partition. Quel rôle et quelle importance attribuez-vous au chef d’orchestre ? L’orchestre est un ensemble de musiciens qui ont tous une personnalité et où chacun a une conception de l’œuvre qu’il est appelé à interpréter. Un tel ensemble est généralement placé sous la direction d’un chef d’orchestre qui a une vision de l’œuvre qu’il essaye de faire passer aux musiciens. Il y a donc forcément, mais pas nécessairement, des moments ou des situations dans lesquels on n’est pas amené à ressentir la même chose. Ceci dit, moi j’ai un respect absolument total pour les chefs d’orchestre en tant que métier, qui ont un rôle important à jouer et un devoir à accomplir. J’ai une admiration pour ces personnes qui font un travail consciencieux et qui permettent ainsi à chacun de jouer du mieux qu’il peut, qui donnent les indications nécessaires pour assurer une harmonie homogène et qui transmettent aux musiciens une idée musicale, une vision esthétique mais aussi politique. Tous ces aspects vont justement se surajouter à ce que nous musiciens pouvons faire nous-mêmes. Dans ce contexte il y a lieu de mentionner aussi les ensembles et même les orchestres symphoniques, qui fonctionnent sans chef. Moi j’ai eu l’occasion de jouer dans un tel orchestre. C’est une expérience formidable, toute particulière, mais pas du tout la même que de jouer sous la direction d’un chef. Si le résultat est plus ou moins bien on peut en discuter ; de toute façon il est vraiment différent. Avec chef ou sans chef, la qualité de l’interprétation peut être médiocre. Toutefois toutes mes plus grandes expériences vécues à l’orchestre, c’était avec un chef. C’est justement à ces occasions-là que j’ai pu ressentir une parfaite entente entre les musiciens et le chef d’orchestre qui propose sa vision que les musiciens mettent littéralement en musique. Il est donc clair, si les musiciens n’adhèrent pas à la conception du chef, le résultat est plutôt désastreux ou moins bien. Selon moi, un chef d’orchestre n’est ni plus ni moins un musicien comme un autre. Il a exactement les mêmes qualités et défauts que n’importe quel musicien. Dès lors tous les scénarios sont possibles. Il arrive qu’un bon chef d’orchestre n’obtient pas le résultat qu’on aurait pu espérer, que le travail avec un chef plus moyen se passe mieux, qu’il y a de grands chefs où la coopération avec l’orchestre est parfaite. Mais on rencontre aussi des chefs qui font vraiment un excellent travail en répétition, mais qui ne laissent pas la musique se déployer au concert. Tout récemment l’orchestre a passé plusieurs jours avec Philippe Herreweghe pour mettre au point le programme du concert du 17 mai dernier. C’était fascinant d’avoir pu travailler avec cet artiste qui a une image mentale sonore très précise, qui chantait devant l’orchestre pour nous faire entendre ce que lui il veut entendre. C’est par la suite à chacun de nous musiciens instrumentistes de suivre au maximum ses vues d’interprétation. Pourriez-vous concevoir l’exécution d’une œuvre pour grand orchestre sans chef d’orchestre ? Bien sûr que je peux l’imaginer. Personnellement j’ai fait une fois l’expérience en jouant deux symphonies de Beethoven dans un orchestre à Paris. C’est évidemment très intéressant, mais je n’ai pas pu me faire une opinion du résultat étant donné que je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre l’enregistrement du concert ; en fait, jouer et écouter sont deux points de vue différents.Jouer sans chef requiert de la part des musiciens davantage de responsabilité et de concentration. S’il n’y a pas de chef, cette fonction est reprise d’une certaine façon par le premier violon qui dirige de sa place ou, le cas échéant, par le soliste instrumentiste qui dirige et qui partage sa conception de l’œuvre avec les musiciens de l’orchestre. L’avantage pour un orchestre de fonctionner sous la direction d’un chef consiste à rendre la tâche des musiciens plus facile et à pouvoir travailler plus vite. C’est un net avantage, avant tout pour un grand orchestre, qui change de répertoire et donne des concerts régulièrement. Aussi est-il claire qu’avoir affaire à un chef qui est un bon musicien, a une plus-value indéniable. Personnellement je suis dès lors partisan des orchestres qui jouent avec un grand chef, qui connaît bien son métier, et qui est un grand musicien. Comment évaluez-vous le travail en grande communauté (orchestre) par opposition au travail en petite ensemble ou en tant que soliste ? Ne ressentez-vous pas le besoin de vous produire comme soliste ou en petites formations ? Moi j’ai la chance d’être dans une position qui est très mouvante. Je n’ai pas du tout la même pratique ni instrumentale, ni musicale, qu’un violoniste, un violoncelliste ou un contrebassiste, par exemple, qui font partie d’un ensemble et doivent dès lors se mettre complètement au service d’un son d’ensemble. Je joue ensemble avec mes collègues, mais j’ai ma partie individuelle. Dès lors je ne fais pas tellement de différence entre ce que je fais à l’orchestre ou ce que je pourrais faire dans un quintette à vent par exemple ou un trio hautbois, clarinette, basson. La situation peut varier sensiblement suivant le type d’instrument et la place qu’on occupe dans l’orchestre. Prenons le cas d’un violoniste tutti ; il est un violoniste parmi seize autres, donc le son individuel n’a finalement, à mon sens, pas tant d’importance que le son de l’ensemble ; c’est le groupe qui doit résonner. Pour moi la situation se présente différemment, mon son individuel a naturellement beaucoup plus d’importance dans ce cadre-là. Je ne sais pas si je serais aussi épanoui si j’étais à un poste de 2e basson qu’à ce poste que j’ai depuis mon engagement. Cette possibilité qui m’est donnée régulièrement d’avoir une partie prépondérante me manquerait certainement un peu. Aussi ai-je la chance d’avoir à côté de moi deux 2e bassons qui sont excellents dans leur métier, en qui j’ai une confiance totale et avec qui j’ai une coopération exemplaire pour m’assister dans la réalisation de mes conceptions. Dans ce cas précis nous sommes un groupe de trois bassons où chacun assume sa propre fonction et où chacun a sa partie individuelle, mais qui fonctionnent ensemble. En tant que basson solo j’ai besoin du 2e basson qui joue en-dessous de moi et sur lequel je peux me reposer. Pourtant nous ne sommes pas jumeaux, mais absolument complémentaires. Lors des concours pour un poste de musicien d’orchestre, une attention toute particulière est portée aux caractéristiques des candidats et notamment à leur capacité d’intégration dans l’orchestre. En effet il faut que la personne soit en adéquation avec la fonction qu’elle va occuper dans l’orchestre et dans le groupe dans lequel elle va être intégrée. Avec quelle approche écoutez-vous une pièce de musique, avec un esprit critique d’un professionnel ou est-ce que vous la savourez tout simplement ? S’il s’agit d’une œuvre que je connais bien ou que j’ai éventuellement beaucoup jouée, je suis évidemment plus professionnel. Par contre je ne suis pas sévère du tout quand j’écoute de la musique que je connais mal ou pas du tout. Si la musique me plaît, cela suffit à mon bonheur. Est-ce qu’il y a des musiciens ou personnalités qui vous ont impressionné, voire influencé ? Heureusement que oui. Ce ne sont pas de grands personnages comme un Herbert von Karajan ou un Yehudi Menhuin qui m’ont influencé, mais avant tout des personnes que j’ai fréquentées quotidiennement et avec qui j’ai passé une étape de ma vie, de ma carrière. J’aimerais citer en premier lieu mes professeurs avec qui j’ai fait toute ma scolarité et qui m’ont appris à faire de la musique avec le basson. Par la suite lorsque j’ai débuté ma carrière professionnelle à l’orchestre des Pays de la Loireà Anger, j’ai pu profiter de l’expérience d’un 2e basson qui avait été basson solo pendant de longues années et qui avait décidé de changer de fonction. C’était le premier à m’apprendre le métier de bassoniste de l’orchestre, les réflexes, le choix du matériel, les relations avec les collègues et avec le chef. A l’orchestre à Luxembourg c’était aussi les collègues autour de moi qui m’ont énormément appris, que ce soit François Baptiste ou Stéphane Gautier-Chevreux, au basson, ou Pierre Laborier, basson solo en retraite, qui était mon alter ego. En outre, parmi les personnes que j’ai beaucoup appréciées dans ma carrière, je ne voudrais pas oublier les deux collègues à côté de moi dans l’orchestre, le 2e basson et la clarinette solo. Il se trouve qu’à mon arrivée à l’orchestre un de mes voisins directs était Olivier Dartevelle, clarinette solo, qui, je l’ai déjà mentionné au début de l’interview, avait été mon maître de stage et mon professeur de musique de chambre quand j’avais quatorze ans. Pour être complet dans mon énumération j’aimerais relever les périodes de deux directeurs musicaux, David Shallon et Emmanuel Krivine. Shallon, malheureusement disparu trop vite, était un chef très directif qui avait une vision à long terme pour notre orchestre. Krivine, de son côté, était un chef avec qui j’ai énormément interagi et avec qui j’avais une relation beaucoup plus étroite. C’est un musicien qui a une oreille et une vision harmonique que moi je n’ai pas et qui m’a donné accès à d’autres facettes de la musique. Quelle est l’impression que vous remportez de votre pays d’accueil et quelles sont les particularités qui vous ont frappé ? En venant d’Alsace, la vie à Luxembourg n’a pas été un bouleversement total pour moi. Je me sens bien ici ; n’étant pas frontalier et vivant en ville je ne souffre que peu des problèmes de circulation. C’est seulement au moment où mes enfants ont grandi et que j’ai dû les emmener à l’école que j’ai découvert la façon de vivre ici ; un système assez compartimenté avec différentes cultures et différentes langues. Le fait que tout le monde ne parle pas la même langue, n’a pour les enfants aucune importance. Au bout de quelques mois les enfants jouent ensemble, même s’ils sont de différentes nationalités, peu importe. Dans la classe de ma fille il y a deux Français, des Luxembourgeois, des Brésiliens et des Hollandais. Parmi nos amis nous comptons avant tout des parents des amis de notre fille. Je dois dire que la situation est assez unique. Comment évaluez-vous la possibilité offerte à un jeune musicien de pouvoir jouer à côté de musiciens professionnels dans un orchestre ? Tous les étudiants qui jouent d’un instrument faisant partie du groupe des instruments d’orchestre, qui ont atteint un niveau très moyen ou élémentaire, ont assez vite l’occasion de jouer dans des ensembles aux conservatoires. C’est vrai, jouer avec des professionnels dans un orchestre professionnel représente un passage extrêmement important pour un étudiant. Je crois que c’est à ce moment-là qu’il peut se rendre compte si effectivement il a le désir d’être musicien, de jouer dans un orchestre ou de continuer à faire de la musique sans pour autant la pratiquer à un niveau professionnel. C’est une excellente initiative que d’offrir à un musicien étudiant l’opportunité d’expérimenter le métier de musicien d’orchestre. J’estime que parmi toutes les activités qu’on organise à destination de jeunes musiciens, celle qui leur donne l’occasion de jouer avec nous professionnels a le plus grand impact. Donnons maintenant l’occasion à votre instrument de s’exprimer.









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