Philippe Koch - Photo: Eric Chenal

Philippe Koch

Konzertmeister

Philippe Koch entstammt einer traditionsreichen Lütticher Musikerfamilie. Sein Studium am Konservatorium seiner Heimatstadt schloss er mit Auszeichnung sowie dem Prix Parent und dem Prix Charlier ab. Anschlie’end vervollkommnete er sich bei Christian Ferras, Pierre Amoyal und Arthur Grumiaux; mit Letzterem arbeitete er zehn Jahre lang zusammen. Neben seiner Tätigkeit als Erster Konzertmeister des Orchestre Philharmonique du Luxembourg tritt Philippe Koch als Solist in Europa, Nord- und Südamerika und Japan auf (in Japan wird er alljährlich in den kaiserlichen Palast eingeladen) und musiziert mit zahlreichen renommierten Orchestern und Dirigenten. Zu Letzteren zählen Juri Aronowitsch, Carl Davis, Alexander Dmitrijew, Louis de Froment, Leopold Hager, Paavo Järvi, Emmanuel Krivine, Sebastian Lang-Lessing, Louis Langrée, Georges Octors, David Shallon, Michael Stern, Michel Tabachnik, Bramwell Tovey, André Vandernoot, Ronald Zollman u.v.a. Als Kammermusiker spielt Philippe Koch u.a. im Trio Grumiaux, das er zusammen mit Luc Dewez (Violoncello) und Luc Devos (Klavier) gegründet hat, sowie im Brussels String Quartet, dessen Primgeiger er ist (die weiteren Mitglieder sind Tomiko Shida, Yves Cortvrindt und Luc Dewez) und im Quatuor Louvigny (gemeinsam mit Ilan Schneider, Aleksandr Kramouchin und Fabian Perdichizzi). Daneben tritt er immer wieder auch mit anderen Musikern in verschiedensten Besetzungen auf; erwähnt seien hier Daniel Blumenthal, Gerard Caussé, Abdel-Rahman El Bacha, Marc Grauwels, France Springuel, Anne Froidebise, Pavel Gililov, Maria Kliegel, Alain Marion, Alexander Müllenbach, Ivan Monighetti, Kazushi Ono, Francis Orval, Jean-Claude Vanden Eyden und Sonia Wieder-Atherton. Mit seinen Kindern Laurence (Violine) und Jean-Philippe (Klavier) gründete er darüber hinaus das Trio Koch. Philippe Koch beschränkt sich nicht auf das klassisch-romantische Repertoire, sondern verfolgt die Entwicklung der zeitgenössischen Musik mit großer Aufmerksamkeit. So war er an verschiedenen Uraufführungen beteiligt und ist gern gesehener Gast bei Festivals in der Schweiz (Werke von Bolens und Almada), in Luxemburg (Wengler) und in Belgien (Van Rossum, Fayt). Der leidenschaftliche Pädagoge ist Professor am Conservatoire Royal de Musique seiner Heimatstadt und gibt regelmäßig Meisterkurse in Belgien, Frankreich und Luxemburg. Er war im belgischen, luxemburgischen, spanischen, schweizerischen, französischen, chilenischen, mazedonischen, holländischen, ungarischen und kanadischen Rundfunk zu hören und hat bislang 27 Einspielungen vorgelegt, die von der internationalen Fachpresse wiederholt ausgezeichnet wurden (u.a. mit einem Diapason d’Or, dem Choc du Monde la Musique, Empfehlungen in Répertoire und Classica und dem Supersonic von Pizzicato). 2009 war Philippe Koch Mitglied des künstlerischen Ausschusses und der Jury der Vorauswahl des Concours Musical international Reine Elisabeth de Belgique, 2012 war er Mitglied des künstlerischen Ausschusses und der Jury für sämtliche Vorspiele des Wettbewerbs. Seit September 2012 ist er Präsident der Fondation Arthur Grumiaux. Philippe Koch wurde von Großherzog Henri zum Ritter des Militär- und Zivildienst-Ordens Adolphs von Nassau geschlagen. Seit Juni 2013 ist er außerdem Ritter des belgischen Leopoldsordens. Im März 2013 trat Philippe Koch mit dem Korean Chamber Orchestra in Seoul auf, im Juni 2013 brachte der gemeinsam mit dem Orchestre Symphonique National d’Algérie Werke von Henri Vieuxtemps zur Aufführung.

Quelle: Philharmonie

Fragen an den Musiker: 

Comment as-tu choisi ton instrument ?

Pour moi, c’est une histoire familiale, en fait très longue, qui remonte jusqu’à mon grand-père. Henri Koch était violoniste et professeur de violon. Il était Konzertmeister de l’Orchestre philharmonique de Liège et professeur au Conservatoire Royal de Liège. C’est d’ailleurs de cette façon que mes parents se sont connus parce que ma mère était violoniste et qu’elle a cherché un professeur. C’est ainsi qu’elle a connu mon père, qui était un fils d’Henri Koch. 

Imaginez : mon grand-père au violon, son fils ainé, mon oncle au violon, son plus jeune fils, mon père, au piano et à la percussion, ma mère, violoniste. Le violon traîne toujours sur la table, sur le bureau, sur le buffet et le petit Philippe dit : « Je veux faire du violon comme mon grand frère l’a fait avant. » Il faut bien commencer. C’est la même chose avec mes enfants, 2 sur 3 sont musiciens, on ne les a pas forcés, mais on les a encouragés à faire un instrument, et 2 sur 3 ont accroché au point de devenir des musiciens de haut niveau.

J’ai fait de la flûte traversière. J’ai commencé sur un piccolo au conservatoire de Verviers. On m’a prêté un piccolo car on n’avait pas de flûte de disponible. J’ai commencé ma « grande carrière de flûtiste » avec le piccolo, j’ai joué également un peu de piano, comme souvent les jeunes enfants. J’ai étudié la percussion au Conservatoire de Liège et finalement plus sérieusement le violon.

Quel rôle et quelle importance a le chef d’orchestre pour toi ?

C’est difficile à dire… prenons d’abord la conception artistique : le chef vient diriger sa vision personnelle de l’œuvre, c’est-à-dire que si on joue une symphonie de Beethoven avec notre chef Gustavo Gimeno ou avec un autre chef, il y aura des différences ; évidemment, pas des différences fondamentales dans les textes : les notes, les rythmes, ça ne va pas changer. Mais le maestro va nous suggérer des nuances,  des articulations, des tempi différents ; il décide lui-même de ce qu’il souhaite entendre.  De toute façon, tous les musiciens de l’orchestre cherchent exprimer les couleurs et le caractère des œuvres le mieux possible, notamment dans les solos où il y a souvent une plus grande liberté.  Et puis il y a la cohésion : c’est la mise en place, le fait de jouer ensemble. Dans certains morceaux, on a vraiment besoin de ce rôle du chef d’orchestre, notamment dans les programmes plus contemporains, mais bien sûr aussi dans les autres.

Je pense qu’il y a encore un autre aspect : l’image. Chaque fois qu’on change de chef d’orchestre, une nouvelle dynamique est donnée autour de sa personnalité. C’est important aussi, le fait d’avoir quelqu’un qui soit porteur d’une image attractive.

Un chef joue encore beaucoup d’autres rôles : bien sûr, il travaille avec l’orchestre, mais à côté de cela, il choisit les programmes avec les responsables de la philharmonie, il s’occupe des solistes, il doit résoudre certains problèmes internes avec l’orchestre, assister aux concours de recrutement

Quelle importance ont les tournées d’orchestre pour toi ?

C’est difficile à dire, parce qu’on ne peut pas quantifier, mais encore une fois, il y a l’importance de l’image. Je  pense que le fait de sortir à l’international, dans les salles où passent les plus grands artistes, permet de montrer au pays que son orchestre s’expatrie en rencontrant un grand succès. Les tournées permettent  également le renforcement de la cohésion de l’orchestre, en créant des occasions de contacts plus étroits avec les collègues. Finalement, dans un orchestre de 100 personnes, on ne se connait pas très bien, on connait très bien quelques voisins de pupitre, quelques amis ; en réalité, on se connait tous sans bien se connaître : à Luxembourg, je n’ai pas souvent l’occasion de parler aux collègues, parce que je suis très occupé et qu’à la pause j’ai souvent des partitions à étudier et à mettre en ordre pour toutes les cordes (archets), et des contacts avec le chef d’orchestre, les solistes invités, la bibliothèque... Une tournée permet d’autres contacts.

A l’étranger, l’orchestre sert en quelque sorte de « carte de visite du Luxembourg ». Le fait de préparer des programmes très pointus, 2 programmes en même temps, voire 3, est un travail très important. Donc, partir en tournées, c’est positif, c’est sûr.

Quel est ton état d’âme après un concert qui a connu un grand succès ?

On est tous très heureux. Il faut bien se rendre compte qu’il y a un grand investissement, évident… un investissement sur le travail, sur les programmes spécifiques, un stress naturel, le trac du concert, le risque que comporte le direct, surtout que presque tous nos concerts sont captés par la radio, souvent diffusés en live et régulièrement retransmis à l’étranger. Si ça se passe très bien, c’est quand même quelque part satisfaisant, valorisant aussi, mais c’est de courte durée, les applaudissements durent 5 minutes, après vous êtes seul. J’éprouve la satisfaction du travail bien fait et le sentiment d’avoir tout donné, pas seulement d’avoir joué fort et vite, mais d’avoir donné tout ce que je pouvais donner. La sensation, aussi,  d’avoir transmis des émotions : même si c’est épuisant, c’est formidable, c’est pour ça qu’on joue, pour le plaisir qu’on espère donner à un grand nombre d’auditeurs. 

En dehors de la musique, qui ou quoi est primordial dans ta vie ?

Ma vie n’est pas nécessairement la plus représentative de celle de tous les collègues de l’orchestre. J’ai vraiment énormément investi dans la musique -  le poste de Konzertmeister ainsi que la carrière de concertiste et l’enseignement l’exigent – donc ma vie est essentiellement occupée par la musique, et en dehors de cela je n’ai pas beaucoup de temps pour  autre chose ; il faut réserver à l’instrument presque toute son énergie… pour ce qui reste, je privilégie absolument ma famille proche. 

Que fais-tu dans ton temps libre ?

Malheureusement, pour être honnête, je n’ai pas beaucoup de temps libre, mon épouse s’occupe des contacts sociaux et souvent, quand nous sommes invités, je ne suis pas libre. Cela fait partie des contraintes de la vie d’orchestre, mais aussi celles de mes concerts personnels.

Depuis quelques années, je fais un peu de sport, pour me maintenir en forme, car la pratique du violon est exigeante physiquement et moralement, alors on doit penser à rester en forme: j’aime bien nager, je pratique un peu de fitness.

Quel autre genre de musique aimes-tu écouter ou jouer ?

J’aime toutes les musiques, vraiment toutes les musiques, peut-être pas les plus «violentes», mais dès qu’il y a une mélodie, une ambiance, un rythme, ça me plaît.  J’adore la danse, les rythmes différents comme ceux de la musique sud-américaine… Dès qu’il y a une atmosphère ou quelque chose de rythmique, de danse, de swing…, j’aime bien.

Bien sûr, j’ai passé une grande partie de ma vie à travailler des concertos de violon, des pièces de musique de chambre et des grands solos pour l’orchestre.  Je joue de la musique de chambre avec mes enfants Laurence et Jean-Philippe (deux violons et piano – Trio Koch), en Trio Grumiaux (violon, violoncelle, piano) et avec le Quatuor Louvigny (solistes de l’orchestre).

La musique de chambre est très riche, magnifiquement belle, composée par des compositeurs géniaux qu’on ne pratique pas tous les jours à l’orchestre symphonique. De nombreuses œuvres comme les trios, quatuors, sonates… de Schubert, Beethoven, Mozart ou d’autres ne font pas partie de notre répertoire, car elles ne nécessitent pas un grand orchestre. Et c’est une grande joie pour moi de les interpréter aussi.

Mes goûts sont en fait très éclectiques : par exemple, avec le Trio Koch, nous explorons les époques, de Corelli à Walter Civitareale. Et d’autre part, ma discographie va de Léopold Mozart à Bussotti.

Tous ces contacts avec toutes sortes de musique me sont nécessaires parce que je les trouve enrichissants : musique de chambre, œuvres d’orchestre, musique contemporaine ou musiques du monde, tout cela se complète et s’enrichit mutuellement. L’art prend toutes sortes de facettes.

Est-ce qu’il y a des musiciens ou des personnalités qui t’ont marqué ?

Oui, il y en a beaucoup ! Evidemment, d’abord toute ma famille. Et puis j’ai eu la grande chance de travailler pendant 6 ans avec Arthur Grumiaux, c’est un des plus grands virtuoses du violon. Quand j’étais jeune, j’ai vraiment aimé travailler avec lui, il m’impressionnait par ses qualités d’artiste. Par la suite, j’ai obtenu son nom pour mon trio, parce que j’étais son élève, et actuellement je suis président de sa fondation, ce qui n’est pas nécessairement facile parce que je suis trop occupé pour le faire très bien.  C’est sûr, Grumiaux était une personnalité riche et un artiste de très haut niveau, c’est un honneur d’avoir travaillé longtemps avec lui.

Puis, il y a beaucoup de solistes très impressionnants mais avec lesquels souvent nous avons juste le temps d’échanger quelques mots, en dehors de ceux avec qui j’ai eu le bonheur de pratiquer la musique de chambre, dont par exemple A.R. El Bacha, P. Gillilov, G. Caussé, A.Pappano, M. Kliegel, E. Moguilevski et de nombreuses autres riches personnalités que j’ai appréciées…

Et parmi les chefs que j’ai rencontrés ici, je pense par exemple à Yuri Ahronovitch, c’est quelqu’un qui m’a vraiment marqué : petit bonhomme en taille mais grand « Monsieur », avec une baguette de 80 cm, qui avait une vraie conception musicale, artistique et une incroyable présence en scène. J’ai eu la chance de jouer en soliste, sous sa baguette, le concerto pour violon de Tchaïkovski. Suite à cela, il m’a dit : « Philippe, l’année prochaine, on mettra au programme Shéhérazade. Et l’année d’après, Philippe, on fera le Lac des Cygnes. » ; en somme, à chaque fois qu’il venait, j’avais à interpréter un solo magnifique ! Pour le Lac des Cygnes, je ne connaissais même pas cette version de concert, c’était quelque part très stressant mais en même temps extrêmement passionnant pour moi de pouvoir jouer ces grands solos avec lui. Sacrés challenges ! C’était un artiste de très haut niveau, très exigeant, quelqu’un qui m’a beaucoup marqué.

De nombreux autres chefs aussi : le chef russe, Alexandre Dmitriev, qui est venu régulièrement et avec qui  j’ai eu la chance de jouer le concerto de Mendelssohn en soliste. Et quelqu’un que je ne veux pas oublier non plus, c’est Rostropovitch : ce n’est pas n’importe qui! Ce grand artiste nous a dirigés une semaine et est venu une autre fois jouer le concerto de Dvorak. C’était un personnage qu’on n’oubliait pas, sur le plan artistique mais aussi humain.

Grâce à la musique, j’ai eu la chance de nouer des contacts avec beaucoup de gens, grands ou petits, qui viennent vous parler après les concerts, qui sont vraiment émus, des gens qu’on ne verra plus jamais, ou d’autres, plus « connus » ou improbables, comme l’Impératrice du Japon, pour laquelle j’ai joué 9 concerts et avec qui j’ai fait trois fois de la musique de chambre au Palais impérial de Tokyo.

Comment es-tu arrivé à Luxembourg et qu’aimes-tu particulièrement ici ?

Je suis arrivé à Luxembourg par un hasard total. Il faut savoir que j’ai commencé l’orchestre très jeune, d’abord à l’Opéra de Liège où j’étais titulaire dans les premiers violons. Après un an, j’ai quitté cet orchestre, parce que j’avais des problèmes de tendinite et que les répétitions ainsi que les représentations étaient très longues. J’ai été en surcharge physique, parce qu’il fallait parfois jouer Romeo et Juliette ou Carmen 2 fois par jour, par exemple en tournée, tout en continuant à pratiquer de nombreuses heures de travail personnel du violon pour faire évoluer encore ma technique et préparer le Master de violon. J’ai vraiment souffert, je ne pouvais pas tenir. J’ai cherché un autre poste, et j’ai gagné le concours à l’Orchestre philharmonique de Liège. Après quelques années, je suis venu ici à Luxembourg. A Liège, j’étais dans les premiers violons et mes collègues m’ont «chassé»! En fait, ils ne me chassaient pas du tout, on s’entendait très bien, mais plusieurs d’entre eux me disaient : «Toi, tu dois essayer de trouver une place de violon solo!».

J’ai vu une petite annonce concernant le poste de Konzertmeister au Luxembourg et, comme mes collègues de l’Orchestre de Liège me voyaient bien dans cette position, ils m’ont encouragé à passer le concours. J’ai pensé que j’étais encore un peu trop jeune mais, avec un grand-père et un oncle qui étaient eux-mêmes Konzertmeister, l’un à Liège, l’autre à Maastricht, ça me tentait d’essayer... Je n’avais pas d’ambitions démesurées, mais je me suis présenté. J’ai réussi le concours et je suis resté ! Au début, j’ai hésité à continuer ici : il régnait à l’époque une ambiance un peu tendue entre certains collègues, et pour moi qui venais de Liège c’était inhabituel. Les échanges entre certains collègues me semblaient parfois virulents, ce qui m’étonnait, et j’ai d’abord vraiment pensé à repartir. Mais, comme vous voyez, la situation s’est petit à petit considérablement améliorée, et je suis resté 34 ans sans regrets, et même avec un vrai plaisir.

Qu’aimes-tu particulièrement ici ?

Il y a une grande ouverture à l’international, c’est extraordinaire, ce multiculturalisme : quand on se promène en ville ou n’importe où, on entend parler aussi bien l’italien, l’espagnol, le français, l’anglais, l’allemand, le portugais...

Luxembourg est très ouvert, c’est sympa. Et il y a une très belle vie artistique, très riche : de nombreux théâtres, de différentes tailles, où l’on peut voir aussi bien des pièces que des opéras et des ballets, le Mudam et plusieurs autres musées de qualité…, donc une vie culturelle très intéressante. Et puis il faut aussi évoquer la qualité de vie à Luxembourg, la chance de vivre dans une partie du monde privilégiée, je ne parle pas de l’argent, je parle de la qualité de vie, de l’environnement, de la taille humaine des villes, de tout ce qui fait ce pays.

Comment perçois-tu l’évolution de l’orchestre depuis ton arrivée et qu’est-ce qui pourrait influencer son développement futur ?

C’est très difficile de parler de cette évolution, car mon rôle est principalement sur scène, mais, clairement, l’orchestre a grandi et il s’améliore encore. Toutefois, je n’ai jamais eu le sentiment qu’il n’était pas bon, je pense qu’il y a toujours eu des collègues ainsi que des concerts de grande qualité. L’orchestre s’est étoffé, développé, il s’exporte plus, il jouit d’une plus grande visibilité, mais je ne peux personnellement pas dire qu’il soit fondamentalement différent.

Par contre, pour répondre à votre question « comment faire pour continuer à faire évoluer l’orchestre ? », je pense que la motivation des jeunes jouera un rôle important, il faut qu’on encourage cette motivation, notamment chez les musiciens qui arrivent, sans oublier de mettre en valeur l’expérience capitale des anciens, et particulièrement celle des solistes de l’orchestre, qui sont sa « vitrine ».

Ce qui me semble vraiment capital, c’est que les habitants du Luxembourg se rendent compte que leur orchestre national est capable de donner des concerts aussi bons que les meilleurs orchestres qui passent à la Philharmonie.  Je ne veux pas dire qu’on est toujours les meilleurs, mais je veux dire qu’on peut donner des concerts du même niveau que les plus grands orchestres du monde ; il reste certainement  une partie du public à persuader… Personnellement, je suis confiant en la qualité de mon orchestre. Lors des tournées à l’étranger, nous rencontrons à chaque fois un accueil très chaleureux du public et de la critique. La prise de conscience de cette qualité auprès d’un public international à Luxembourg peut encore se développer : oui, on peut également aller écouter l’OPL et se rendre compte que la beauté et la qualité seront au rendez-vous !

Pourrais-tu relater des situations drôles ou critiques au sein de l’orchestre ?

Enormément ! Quand on joue un  concert en direct, c’est toujours difficile, on sait jamais comment les choses vont se passer, tout peut se produire, c’est la vie, pour tous les orchestres, les chefs d’orchestre et les solistes du monde. Les musiciens d’orchestre doivent être très habiles, mais, même si les musiciens sont très habiles, pour eux, chaque concert reste périlleux (nous avons un nouveau programme chaque semaine, un autre chef, un autre soliste et parfois même 2 programmes par semaine).  

Je peux vous donner un exemple de situation critique : il y a quelques années, on était à l’étranger, avec un chef qui n’était peut-être pas tout à fait à sa place à la direction de notre orchestre. On a eu un décalage entre la chorale et l’orchestre. On a eu très chaud ! J’ai décidé de continuer à jouer ma partie, les cordes ont joué  avec moi, ensemble, et petit à petit on s’est tous replacés. C’était très crispant.

Des situations drôles ou émouvantes, j’en ai connu des centaines… Citons peut-être encore Rostropovitch, qui m’a embrassé sur scène, ce qui n’est pas vraiment habituel ; il était chaleureux, se montrait content du concert à sa façon très expressive, avec sa personnalité riche et enthousiaste.

Quel est le rôle du « violon solo » à l’orchestre ? C’est bien la traduction du Konzertmeister ?

Konzertmeister, c’est un rôle très complexe. On me pose souvent cette question et c’est toujours un peu difficile d’y répondre, je suis d’ailleurs sûr de ne pas y répondre complètement, parce qu’il y a beaucoup de petites choses qu’on ne voit pas et auxquelles on ne pense pas. Même s’il n’y a qu’une note ou deux de violon à jouer seul dans un concert, c’est le violon solo qui les joue. Et c’est toujours difficile.  Il faut qu’elles soient, au bon moment, belles, justes et dans le style ! A tout point de vue, c’est redoutable.  Techniquement, le solo est toujours plus difficile que la même phrase si on la joue tous les premiers violons ensemble. Les grands solos d’orchestre sont à la fois réputés,  particulièrement riches en possibilités d’interprétation et toujours périlleux, c’est le rôle du violon solo d’en proposer sa vision après avoir passé beaucoup de temps sur la recherche des timbres, des couleurs, avoir choisi les doigtés et les coups d’archet en fonction de l’émotion qu’il souhaite transmettre, et bien sûr avoir travaillé les longues heures nécessaires pour espérer arriver au résultat désiré.

Au fond, Konzertmeister, ça veut dire quoi ? Le mot «  Maître de Concert » désigne le responsable de l’orchestre sur scène pour tout ce qui est artistique ; il est le trait d’union entre le chef d’orchestre et l’orchestre, entre les solistes et l’orchestre, c’est une partie importante de la fonction.  Par exemple, à la Philharmonie,  nous avons le Directeur et toute l’administration, qui sont évidemment très importants. Mais, sur scène, il y a notre chef d’orchestre, qui n’est pas là tout le temps, car lui aussi a d’autres concerts à l’étranger ou un chef invité pour la semaine, mais le Konzertmeister, lui, est toujours présent.

D’autre part, vous avez pu constater que dans les symphonies et les œuvres classiques, les archets des instrumentistes à cordes vont toujours dans le même sens. Ce n’est pas un hasard mais « les coups d’archet » sont notés dans les partitions après avoir été décidés par le Konzertmeister, quelquefois en collaboration avec le chef d’orchestre. C’est un rôle primordial, car le sens des archets peut influer de manière importante sur l’interprétation de l’œuvre.

Je pense que la fonction de Konzertmeister est une position de service : le violon solo est au service de la musique, au service du chef d’orchestre pour tout ce qui concerne l’interprétation et la technique des cordes. Il est également au service des solistes qui s’adressent généralement à lui pour trouver une solution répondant à leurs souhaits ou leurs désirs en ce qui concerne les nuances et l’interprétation en général.

Il y a aussi le public, qui pose souvent des questions, et auquel il est important de répondre après les concerts notamment.

Il faut encore évoquer l’aspect de la représentativité, le rôle « d’ambassadeur de l’orchestre ». Dès que je donne un concert en musique de chambre ou en soliste en dehors des concerts de l’OPL, je représente en quelque sorte le Luxembourg, puisque, dans mon CV, ma fonction de Konzertmeister de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg est mise en évidence. Ce rôle de représentativité se manifeste particulièrement pour le Konzertmeister mais est également vrai pour les collègues se produisant sur scène.

Lors des réceptions après les concerts, le violon solo a un rôle à jouer, car il est souvent invité dans les ambassades ou autres réceptions, il représente alors, par sa fonction, le Grand-Duché de Luxembourg.

Etre Konzertmeister, ça veut dire également arranger les petits soucis du quotidien au sein de l’orchestre.

Une responsabilité importante du violon solo est aussi d’être membre du jury comme le chef d’orchestre à tous les concours de recrutement quel que soit l'instrument concerné.

En résumé, c’est une position très exigeante, notamment par la somme de travail à la maison, car il faut être au plus haut niveau possible, être bien préparé, être prêt à tout, mais c’est un challenge formidable… Une vie pour la musique en général, c’est magnifique, mais très, très exigeant. C’est une vocation plutôt qu’un métier.

Comment va votre instrument et qu’est-ce qu’il en dit ?

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