Gilles Héritier Photo: Eric Chenal

Gilles Héritier

Trombone

Après avoir appris la musique au conservatoire de Marseille, sa ville natale, Gilles Héritier entre au Conservatoire National Supérieur de Paris ou il obtient un premier prix de trombone et un premier prix de musique de chambre.

Pendant ses quatre dernières années parisiennes, il est titulaire à l'Orchestre Colonne sous la direction de Pierre Dervaux.

En 1980, Il devient le trombone solo de l'Orchestre d'RTL jouant sous la baguette de Louis de Froment pour quelques mois avant la nomination de Leopold Hager.

A cette époque l'orchestre n'était composé que de soixante-seize musiciens.

Quelques années après, Gilles Héritier est engagé pour un évènement  mémorable qui ne durera qu'une semaine, il représente le Luxembourg au World Philharmonic Orchestra dirigé par Carlo Maria Giulini. Cet orchestre, composé de musiciens faisant partie des meilleurs orchestres du monde, se produira à Stockholm.

Gilles Héritier a eu l'occasion de jouer avec des chefs d'orchestre prestigieux, comme Wolfgang Sawallisch, Pierre Boulez, Neeme Järvi, Waleri Guerguiev ou tout récemment avec Andris Nelsons.

En dehors de sa fonction de trombone solo à l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg, il enseigne le trombone à Paris et se consacre lui-même à l'improvisation jazz depuis peu.

Fragen an den Musiker: 

Comment as-tu choisi ton instrument?

En fait, je n’ai pas choisi mon instrument. C’est mon père qui l’a choisi pour moi parce qu’à dix ans, je ne savais même pas ce qu’était un trombone. Comme je n’étais pas très bon à l’école, il m’a conseillé de faire de la musique parce qu’il y avait encore pas mal de débouchés dans ce secteur. Comme mes parents ne savaient pas à quoi s'attendre par rapport à mon futur niveau, ils n’ont pas choisi un instrument joué par beaucoup d’enfants comme le violon ou le piano, mais le trombone qui est employé dans tous les styles de musique. On l'utilise dans la musique de cirque, la musique militaire, le jazz,  la musique classique et même dans la musique baroque. Ils se sont dits que ça pourrait peut-être marcher.

Quel rôle et quelle importance a le chef d’orchestre pour toi?

Le chef d’orchestre a une importance énorme et le niveau de l’orchestre en dépend. Chaque chef titulaire nous transmet ses idées musicales et essaie de laisser son empreinte personnelle. Quand aux chefs invités, le niveau de l’orchestre  en dépend, il peut être très bon ou médiocre d’une semaine à l’autre. On peut être un orchestre moyen ou génial, cela dépend du travail de préparation et de l’énergie que le chef d’orchestre transmet pendant le concert.

Quel est ton compositeur préféré et quelles œuvres aimes-tu particulièrement?

C’est une question difficile, je suis musicien et j’aime la musique et par définition énormément de compositeurs. Par contre il y en a certains que j’aime moins comme Tchaikovsky (sauf ses opéras) et Rachmaninov, qui sont, en plus, programmés trop souvent. J’aime  la musique du XXe siècle,  Stravinsky, Prokofiev, Richard Strauss, Ravel, Debussy, Chostakovich, Britten....Ou du XXIe siècle, comme celle de John Adams par exemple. Sans oublier, en revenant un peu en arrière, Mahler et surtout Wagner et ses opéras qui me fascinent. Chaque époque de la musique a connu une évolution, à son époque Berlioz a été considéré comme un fou, aujourd’hui ses œuvres sont adorées par le public. Il y a souvent un décalage entre les époques, on préfère généralement la musique du siècle précédent à la musique du siècle actuel. Comme œuvre j’adore le Sacre du Printemps de Stravinsky, œuvre très difficile surtout pour le chef d’orchestre; La jeune fille et la mort de Schubert;  L'Orfeo de Monteverdi; La Passion selon St-Matthieu de Bach; tous les Requiems, particulièrement celui de Mozart; Le château de Barbe-Bleue de Bartók; Les Illuminations et la sérénade pour ténor, cor et cordes de Britten et bien d'autres choses encore......

Quelle importance ont les tournées de l’orchestre pour toi?

Beaucoup d’importance déjà du fait que j’aime beaucoup voyager.

Quand le temps libre me le permet, j’aime me promener dans les villes, sentir , regarder, écouter ; parcs, églises, musées. Pour l’orchestre c’est très valorisant de jouer dans des salles prestigieuses comme le Musikverein à Vienne, la Philharmonie de Berlin ou le Lincoln Center à New York, en tous cas, moi ça me touche. Le succès de la  tournée en Chine au début des années 2000 a connu également un écho très favorable au Luxembourg. Beaucoup de personnes m’ont interpellé en me demandant mes impressions sur la Chine et les concerts donnés dans les différentes villes, et mon médecin, très impressionné et presque malade de ce fait, a décidé de prendre un abonnement pour la série des concerts de l’OPL. Les tournées en Europe ne connaissent évidemment pas le même écho au Luxembourg. Par contre l’orchestre a la chance de se profiler comme orchestre du Luxembourg dans les grandes villes européennes et d’étonner le public par sa qualité et celle de ses concerts, surtout quand nous partons avec un chef de grande qualité. 

Quel est ton état d’âme après un concert qui a connu un grand succès?

Pour ma part, un concert à grand succès est une chose relative. La perception d’un concert au sein de l’orchestre diffère parfois de celle du public. Il m’est déjà arrivé que j’avais l’impression que le concert était très bon mais la réaction du public était très modérée et également le contraire. Je pense que je suis en partie influencé par ma propre prestation, si j'en suis satisfait ou non.

Le choix de l’œuvre finale d’un concert peut également avoir un impact sur les applaudissements. Mais il est évident que je me sens très bien et que je suis heureux après un grand succès. Peut-être comme un sportif après une victoire.

En dehors de la musique qui ou quoi est primordial dans ta vie?

Mes enfants, mes proches. Sinon quand je lis le journal, je me sens très concerné par des choses qui me  bouleversent ou qui me scandalisent. L'aide à certaines personnes me paraît primordiales.

Que fais-tu pendant ton temps libre?

Je fais du sport, j'aime aller au cinéma, au théâtre, voir des expos, déguster des bons ou très bons vins.

Y a-t-il d’autres genres de musique que tu aimes écouter ou jouer?

En fait, j'écoute la musique que je ne joue pas ou peu: des opéras, de la musique baroque, du jazz.. J'aime bien aussi le rap, le funk ou le R'n' B, par contre j'ai beaucoup de mal avec certaines musiques actuelles. Je n’écoutais pas encore beaucoup de musique classique jusqu’à mon admission au conservatoire de Paris à 18 ans. Avant ça, mon monde musical voyageait entre Deep Purple, Ten Years After ou Pink Floyd.  Durant mon apprentissage de futur professionnel à Paris, ce fut un changement radical, j’adorais, je jouais et j’écoutais de la musique classique.

Est-ce qu’il y a des musiciens ou des personnalités qui t’ont marqué?

On ne peut pas rester insensible quand on croise  des tempéraments comme Rostropovitch, Menuhin  Martha Argerich ou certains  chefs d’orchestre au charisme assez exceptionnel  comme Georges Prêtre, Eliahu Inbal et dernièrement Andris Nelsons. Nous avons également en France un tromboniste qui est devenu une légende, Michel Becquet.

Comment es-tu arrivé(e) à Luxembourg et qu’aimes-tu particulièrement ici?

J’étais en train de finir mes études au Conservatoire de Paris quand j’ai vu une affiche, annonçant un concours pour une place de trombone solo à l’orchestre d' RTL. On m'avait offert un disque de la symphonie du nouveau monde de Dvorak par cet orchestre, donc j'en avais entendu parler. A l’époque le salaire était indiqué sur l’affiche mais comme il s’agissait de francs luxembourgeois, j’ai demandé à un violoniste belge, étudiant comme moi, à quoi cela correspondait. Il m’a dit que c’était un très bon salaire et m’a chaudement conseillé de me présenter. J’ai réussi le concours en pensant que j’allais être très riche. Grande fut ma surprise à la première paye, le salaire affiché étant brut, il ne me restait plus qu’à peu près un tiers de la somme indiquée. Je me suis renseigné auprès de la secrétaire qui m’a répondu, que pour y remédier, il fallait se marier et avoir des enfants.

 Au Luxembourg, la vie est paisible, parfois un peu trop, mais j'aime ça.  Ici  on se sent en sécurité; quand mes enfants ont été scolarisés à Luxembourg, j'y ai pensé.

Comment perçois-tu l’évolution de l’orchestre depuis ton arrivée et qu’est-ce qu’il pourrait influencer son développement futur?

L’évolution de l’orchestre est, à mon avis, fluctuante et dépend beaucoup des chefs d’orchestre. Je suis arrivé à l’orchestre à la fin de l’époque Louis de Froment. Je n’aimais pas particulièrement sa direction mais il a fait des enregistrements de référence de  musique française. L’arrivée de Leopold Hager fut un choc culturel pour moi. Sa rigueur germanique à tout point de vue, le répertoire également germanique était un changement radical pour moi en tant que jeune français. Une fois habitué, je pense avoir appris bien des choses intéressantes sur le plan musical et je l’ai beaucoup apprécié quand il est revenu diriger l’orchestre.

Vu le très bon niveau des musiciens actuels, le développement futur de l’orchestre dépendra uniquement de la qualité des chefs permanents et invités.

Pourrais-tu relater des situations drôles ou critiques à l’orchestre?

Je me rappelle d’une situation comico-tragique. Il y a très longtemps un chef d’orchestre très âgé, j’ai oublié son nom, est venu diriger un concert au grand Théâtre. Pendant une répétition il montrait déjà des signes de faiblesse inquiétants et pendant le concert, subitement il a commencé à tituber. J’étais prêt à poser mon instrument pour lui venir en aide quand le chef d’orchestre tomba et fut rattrapé de justesse par un violoniste et un violoncelliste. L’orchestre s'était arrêté et on entendait des cris dans la salle. Le chef s’assit quelques minutes sur la scène pour récupérer. Il se releva et déclara au public, qu’il allait finir de diriger la symphonie malgré les craintes du public et des musiciens. Il a dirigé la symphonie jusqu’au bout et a été acclamé triomphalement.

Comment va ton instrument et qu’est qu’il en dit?

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